Les sélections du GS Trophy 2015 de l’intérieur

Les sélections du GS Trophy, ce n’est pas à proprement parler une course : 16 épreuves sur 2 jours, comptant chacune pour un nombre de points, chaque pilote gère comme il veut selon son niveau et son temps.
Libre à chacun de jouer la gagne ou simplement de se faire plaisir.
À l’issue de ces journées, les 3 meilleurs composeront l’équipe française lors de l’épreuve internationale en Asie du Sud Est en 2016. Une course à vivre (presque) de l’intérieur et en intégralité.

La course du vainqueur 2015, Marc Peltriaux

BMW GS Trophy 20157 mai 2015, nous arrivons sur le site du Parc des Expos d’Orange, prise de dossard et contrôle.
Il y à un nombre de machines impressionnant, que des GS, de toutes les époques ou presque, de la 650 à la 1200.
Des motos neuves, qu’on hésite à imaginer par terre vu le prix des équipements, des motos dans leur jus… ça grouille littéralement !
Une fois enregistré, l’organisation fournit le cahier de course, toutes les épreuves y figurent, c’est avec ça que chacun devra élaborer une véritable stratégie, ceux qui jouent la gagne surtout.
Une fois installés (camping sur le site) les choses sérieuses commencent.
Coller et préparer les Road Book, vérifier encore la moto, une GS Xchallenge 650 qui en a vu de toutes les couleurs avec ses 55 000 bornes au compteur.
Pointage des épreuves, et on commence à parler du programme du lendemain, ça durera jusque tard dans la nuit.
Marc à un programme quasi minuté, il faut en faire un maximum le 1er jour, arriver sur les épreuves au bon moment pour éviter les « bouchons », tout penser !

Stress

8 mai 2015 : départ à 8h, le parc s’anime. Les concurrents se rassemblent devant le parc.
BMW GS Trophy 2015Première épreuve, « Erzberg Replica », bon c’est pour l’esprit le nom, 10 tours de pur enduro sur un terrain militaire. Il y a peu de monde, c’est une formalité avalée rapidement.

Je ne vais pas suivre Marc sur son 2e « atelier », un Road Book dans les vignes presque entièrement en TT ou il doit valider 3 balises, qu’il bouclera en un temps record.
Sur ma 1200GSA chargée à mort (voir l’épilogue en fin d’article), impossible de le suivre, il est mort de faim le bougre.
Je le retrouve à la carrière Delorme, LE gros morceau de cette édition.
Trois niveaux de difficulté, du simple slalom (niveau 1) à l’épreuve technique niveau 3, avec des franchissement et des dénivelés d’un autre monde, en passant par le niveau 2, du sable… du sable et encore du sable !
Il y a 10 tours à effectuer sur chaque niveau, le gros des concurrents ne se présentera même pas au niveau 3.
Rien que le niveau 2 est une épreuve pour les énormes GS 1200, dont beaucoup se planteront dans le décor… pour un bon moment.

BMW GS Trophy 2015

Marc arrive enfin, il a réussi à caser un atelier de plus que ce que nous avions prévu, c’était sur la route…
Il attaque directement par le plus dur, la montagne russe ! Ça passe plutôt gentiment au début, et il monte en puissance au fil des tours.
Il y a des pilotes impressionnants, Tom Barrer (ex vainqueur), Pierre Alexandre Treust… Ils sont faciles, Marc aussi !
Les « poireaux » galèrent dans le sable juste en dessous, c’est un petit Dakar concentré, le site est superbe.
10 tours plus tard, le 1er niveau est avalé pour se reposer.
bmw-gs-trophy-2015-006On passe au niveau 2, où la machine est l’arme absolue comparée aux 800 ou plus, la légèreté est ici le secret
C’est presque écœurant de le voir passer si facilement à coté des concurrents ensablés tirant sur leurs motos à s’en péter les bras.
Il aura fallu presque 2 heures pour boucler les 30 tours des 3 niveaux. C’est physiquement dur et vraiment impressionnant.

Les liaisons se font par la route, il y a des motos partout, la ville est une course !
Direction « les Anglanets » sur un ancien terrain militaire, de l’enduro à l’ancienne, dans les bois.
Marc pose un chrono au tour, 7 min, il est largement dans les temps, même en avance sur ce qui était prévu…
C’est clair maintenant, il joue le podium.

Retour sur le Parc des expos où doit avoir lieu l’épreuve imposée à 13 h 30, cette épreuve là est tirée au sort, par groupe de 4, l’horaire compris.
C’est la seule obligation du week-end, il faut la caser dans son programme.
Je pars avant Marc pour filmer, il arrive à toc, et enchaîne un petit parcours sur le site : « Yéti parc »… C’était pas prévu, mais il a 10 minutes pour faire les 10 tours.
Les bénévoles sont vraiment au top, ils jouent le jeu à fond et lui donnent le nombre de tours restants.
Ça se joue à la minute, il arrive à temps pour tirer à l’arc des ballons sur une moto et scier un tronc d’arbre… Étonnant comme épreuve, mais c’est une respiration bienvenue.

BMW GS Trophy 2015Vient ensuite le « Canyon découverte », 2 parcours type trial de 80 points chacun, sur lesquels poser le pied est interdit.
Un bénévole suit sur une moto de trial justement, et valide le parcours. À l’heure où nous arrivons, 1 seul pilote a validé les 2… Encourageant ! Marc maîtrise, c’est incontestable ! Carton plein. La différence se fera peut être ici, ces 160 point seront précieux.

La journée touche à sa fin, il a le temps de faire une des 2 spéciales du « Corsica Raid » avant la fermeture des épreuves.
Un enduro en pleine vigne, un lit de rivière et ses galets pour corser le tout.
Pierre Alexandre Treust, sur son vieux GS fait un festival ici, un vrai régal à regarder… La moto fait un bruit magnifique, et il en donne pour son argent. Probablement le pilote le plus spectaculaire de l’épreuve.

Fin de l’après midi, il est temps de rentrer.
On remets la moto à niveau, presque rien et une tension de chaîne seront les seules opérations mécaniques du week-end. C’est solide ces petites bêtes, vu ce qu’elle a pris dans le museau sur la journée !
On entre dans une phase bien agréable, ça vanne, ça débriefe dans tous les coins, c’est très bon esprit.
Marc a fait forte impression sur la journée, on le regarde maintenant comme un concurrent sérieux.

Les invitations apérolesques sont nombreuses, les gars du forum GS.fr y tiennent absolument, on ratera tout…
Une douche, un repas où on prendra un peu de temps quand même et retour à la stratégie du lendemain. Minutée elle aussi !

Le classement de la première journée tombe :

  1. Marc Antoine Peltriaux 1 855 pts
  2. Julien Batier 1 780 pts
  3. Tom Barrer (qui ne peut prétendre à la victoire ayant déjà gagné) 1 770 pts
  4. Stéphanie Buisson (impressionnante elle aussi) 1 680 pts

Marc est 1er avec 80 points d’écart sur Julien Batier… Pression ! On refait toute la stratégie à 1 h du matin… ce mec est dingue.

BMW GS Trophy 2015. À droite, Stéphanie Buisson

Après une courte nuit, départ de la seconde journée

Marc repart au « Corsica Raid » faire la 2e spéciale, la plus facile, une formalité. Jean-Louis nous accompagne avec sa F800GS.
Suit le Road book « routier », une « course d’orientation » à moto, selon un parcours fléché sur de dérouleur. Je tente de les suivre sur la GSA, pas simple, ces messieurs sont pressés. Une portion de piste roulante de 3 km à travers un ancien aérodrome me fera rendre grâce, ils ont pris plus de 130…
La 3e balise à disparu, panique, on perd 20 minutes à la chercher en vain.
Le médecin de l’épreuve, qui la fait aussi, joint l’organisation, elle sera validée… On repart.

bmw-gs-trophy-2015-007Direction le domaine du Pastre, Un enduro forestier, avec de très belles bosses et des passages étroits. Dix tours sur 2 parcours là aussi.
On y retrouve Sébastien Saphores, en galère de béquille, les machines souffrent, il y a des ateliers mécaniques improvisés partout.
Les hommes aussi sont fatigués, la 2e journée fait baisser le rythme.

Viendra ensuite la « manœuvre du Coudoulet » du chemin très roulant et un circuit assez long où ça roule fort. Il faut faire attention, la fatigue est bien présente, l’air de rien nous en sommes à plus de 12 heures d’enduro sans pause. Il fait chaud, ce qui n’arrange rien.
Une autre épreuve atypique sur ce site : le radar.
On vous donne une S1000R flambant neuve dont le compteur à été occulté, et vous faites 2 passages mesurés au radar, en tentant de vous approcher le plus possible de 50 km/h. Le 50 donnant le maximum de point. Autant dire qu’après 2 jours sur un mono, Marc n’y croit pas beaucoup… Il arrivera tout de même a accrocher un 50, et un 52 km/h. Plutôt bon !

Encore une liaison vers les locaux de Touratech, où sont concentrés une ribambelle de petites épreuves.
Un atelier « technique » de rayonnage de roues, qui se fait dans une ambiance bon enfant.
Le « Tour à Erg » Un petit parcours de 10 tours entre les arbres du parc de l’entreprise, certains passent en force, les jardiniers de Touratech vont les aimer. Marc avale l’épreuve en rigolant… les bénévoles apprécient son style.
Pour terminer, le « GS circus » une épreuve sans difficulté de 10 tours.

BMW GS Trophy 2015

Marc a tout fait, il est 14 h…

Nous savons maintenant qu’il joue la victoire, reste à savoir ce qu’ont fait les autres. Retour sur le parc des expos pour la finale.

Ambiance festive, BMW et Touratech ont mis les petits plats dans les grands. Il y a du public, c’est une fête de la moto et de l’enduro.
Musique, buvette, stands de presque toutes les marques sous un soleil de plomb. Les concurrents rentrent les uns après les autres, les traits tirés ou joyeux.
Il faut savoir que la grande majorité d’entre eux vient avant tout pour se faire plaisir, sans se poser de question, ce qui donne à l’événement une saveur particulière. Même si, selon les dires de tous, le niveau général s’est vraiment élevé sur cette édition.
En attendant la publication des résultats, qui donneront le noms de 10 finalistes, on se restaure et on s’hydrate dans un concert de vannes diverses… de la moto quoi !

BMW GS Trophy 2015

J’en profite pour aller faire le tour du site de la finale, au fond du Parc, conçue par David Fretigné himself…
C’est monstrueux de difficulté pour certains passages et délicat pour tous les autres. Du franchissement, une fosse pleine d’eau, un « escargot », une énorme bascule, un slalom ultra serré, un jerrican à ramasser avec un changement de main pour le reposer… Tout ça sans poser le pied sur une 1200 GSA LC de 240 kg, le ton est donné.
Chaque « atelier » compte pour 50 points il y en a 10. Le classement peut totalement changer sur la dernière épreuve.

bmw-gs-trophy-2015-013

La finale

Les 10 concurrents (plus quelques « guests ») se retrouvent pour reconnaître le parcours, étrangement l’ordre de passage est tiré au sort… Marc, 1er au scratch tire le dernier passage, ce qui sauve une logique un peu défaillante.
Il y a 3 motos (1200 GS LC) pour la finale, identiques, pour ne pas pénaliser les concurrents, la mécanique souffrira.

Les premiers sont en piste, le slalom et le jerrican font déjà une sévère sélection dès les premiers ateliers, les passages en fosse sur la bascule et sur les franchissements sont spectaculaires, le public se régale.

Marc s’élance, grosse tension… Et s’arrête après le 2e obstacle, carter fendu par le précédent concurrent, il lui faut changer de moto…

BMW GS Trophy 2015Il passe le « Jerrican » de justesse, là où personne n’avait réussi, se rate sur les rondins, et le tas de sable, enchaîne les obstacles avec plus ou moins de bonheur… De toute façon, personne ne réussira l’intégralité des ateliers.

C’est court mais intense, c’est fini !
Marc comptait 80 point d’avance à l’issue des 2 journées, il conservera son avance, il a gagné !

On peut laisser éclater la joie qu’on n’osait exprimer depuis la veille…
On mange, on boit (un peu), on fête… Le podium sera un grand moment et la fin de soirée aussi.

Merci à Marc de m’avoir entraîné dans cette magnifique épreuve, dans un monde que je ne connaissais pas et que j’ai découvert avec un grand appétit… De la moto quoi, avec tout ce qu’il peut y avoir de bien dans ce petit monde.

Le classement final qui composera l’équipe française

  1. Marc Antoine Peltriaux
  2. Julien Batier
  3. Sébastien Saphores (14e à la fin de la 1re journée, une superbe remontée)
  4. Stéphanie Buisson qui intégrera l’équipe féminine, une mention spéciale à cette grande « dame », largement au niveau des meilleurs.

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Épilogue personnel

Jacqueline, c’est la moto de tous les jours de Marc.
 C’est son petit nom, et ça lui va bien, c’est une énorme 1200GSA qui à tout d’une vache normande et qu’il m’a prêtée pour le GS Trophy.

Jacqueline m’aime pas, et je le lui rends bien, parce que c’est une des rares motos sur laquelle j’ai l’impression d’être un schtroumph tout petit et tout faible !  Elle est impossible à manœuvrer cette grosse tourte, et à chaque fois que tu t’arrêtes, t’as intérêt à penser au sens dans lequel tu repars sous peine de passer pour un gros blaireau, à la secouer dans tous les sens pour la faire reculer de 10 cm. Un vrai calvaire !

Jacqueline, elle se laisse faire quand elle est à poil, là elle est joueuse et rigolote. Mais chargée comme une mule avec ses valoches carrées, elle est sympa comme une belle-mère ! C’est elle le patron !

Jacqueline, by Cam'1Pour bien te faire sentir que t’es qu’une grosse buse incapable, quand elle veut se coucher, t’as le choix entre lui laisser une jambe en gage ou l’accompagner le plus doucement possible en tentant de garder un peu de dignité.
 Bon pour la dignité, j’ai perdu 2 fois, et pour la relever c’est pire, ça doit être une vache indienne en fait, elle bouge pas son gros cul si tu la menaces pas ! Et faut gueuler fort… Heureusement, madame est équipée, c’est pas la 1ère fois, pour moi foutre une moto par terre, c’est terrible. Mais Jacqueline elle s’en fout, elle se pose sur ses valoches et elle dort.

Pendant le Trophy on a fait une « spéciale », je m’enflamme un peu, en fait 3 bornes de piste roulante, mais bon… vous allez comprendre.
Les enduristes dès qu’ils voient un bout de gravier, il leur arrive un truc bizarre, ils soudent la poignée en mode gaaaaz, mais moi, faire de l’enduro sur une brêle de plus de 250 kilos avec des pneus de route carrés à force de faire le Touquet sur le periph’, ça m’arrive pas tous les jours.

S’en foutent ces cons, puis c’est eux qui ont le GPS, donc tu suis et tu fermes ta gueule hein ! Ils sont partis comme des billes, au taquet. Jacqueline, elle veut pas trop se sortir les doigts du cul, elle est en mode mémère. En plus, je suis derrière à bouffer la poussière de Marc et Jean-louis. C’est Top Gun, y’a des nuages ocres qui m’arrivent dans la tronche et je vois rien, je me demande ce que je fais là et si je vais rester vivant… 
100, Mais putain, ils sont dingues… 110, C’est quoi déjà ? Notre père qui êtes aux cieux…  120, où j’ai rangé mon testament ?
 À 130, Jacqueline dit stop, elle me fait un booty shake de folie et je la remercie parce c’est le moment de lâcher prise.  Laisse-les partir qu’elle me dit, et je suis bien d’accord avec elle !
Pour se faire pardonner, elle me laisse la malmener un peu en essayant de suivre les grands malades en mode supermot’ sur la fin de parcours routier, j’en chie des rouleaux et là aussi je lâche l’affaire, ils attendront ! Quand je pense qu’il y à des gars qui font ce genre d’épreuve sur ce genre de machines, ça force le respect.

En fait, Jacqueline, je l’aime bien un peu quand même. Allez la grosse, sans rancune !

 

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