Moto Tour : Le final au Mont Faron

Quatre boucles de moins de 40 km. Autant dire qu’après la journée cauchemardesque de la veille, ce samedi ressemble à une promenade. D’ailleurs, tout tient du repos sur ce samedi : la liaison se fait en ville et entre chaque passage sur la spéciale, on a 30 minutes de rab pour aller à l’assistance, histoire de réparer la moto ou faire le plein du pilote. Quatre petits tours de balade et une spéciale à faire 4 fois. Mais quelle spéciale ! Le Mont Faron, une route étroite entre la paroi et le ravin, avec un bitume déformé par les hivers et les racines. Si vous cherchez l’exemple parfait de la route de rallye, c’est le Mont Faron. La voici en vidéo.

Pour cette année, le départ avait lieu deux épingles plus bas. Mais le résultat change peu : cette spéciale me fait peur. Elle ne m’inquiète pas, elle ne m’impressionne pas. Elle me fout la pétoche, la trouille, les foies. J’arrive en avance au CH et je profite de l’incroyable vue avant de me diriger vers le départ. En attendant mon tour, j’entends les moteurs des autres pilotes hurler contre la pierre de la montagne, résonner dans tous les sens avant d’aller mourir au loin, poursuivis par les cris des moteurs dans le virage suivant. Rien que d’en bas, elle est monstrueuse cette spéciale. Certes, vu la pente, les pilotes de 125 auront du mal à débouler à plus de 150 à l’entrée des épingles. Mais la route reste étroite et toute erreur de trajectoire risque de se payer cash. J’ai peur mais je suis enfin au Faron. Si j’ai accepté de venir sur le Moto Tour, c’est aussi pour elle, pour cette spéciale qui a bâti la légende de l’épreuve. Et après la semaine que je viens de passer, je pense l’avoir mérité ce départ. Je m’approche de ma ligne, je ferme l’écran, le verrouille et je ne regarde que la main postée devant les yeux pour faire le décompte. 3, 2, 1, le poing se ferme, la main disparaît et j’ouvre en grand.

3,5 km plus loin : vivant, j'suis vivant ! #MotoTour Merci @amelie_dtl pour le cliché.

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Dix mètres avant la première épingle à droite, immédiatement suivie d’une épingle à gauche, je remets les gaz et jette la moto dans un droite dont on devine qu’il s’ouvre. Les suivants passent vite. Cela semble sans doute une allure de tortue pour les spectateurs ayant vu débouler les 1000 un peu avant mais je vous assure que ça va vite. Après la première « vraie » épingle, la paroi se retrouve à gauche et là, ça défile vraiment. La première moitié de la spéciale est pour les gros cœurs. Il y a plein de courbes aveugles qui peuvent passer en gardant beaucoup de vitesse. Je soulage pourtant presque à chacune, préférant rouler à vue. Les quelques spectateurs sur les côtés encouragent, applaudissent. L’enchaînement qui se profile doit pouvoir se négocier presque tout droit en jouant finement. Je passe la 4, le moteur beugle, la 5, l’avant devient très léger, l’arrière aussi. Bon sang, elle est donc là cette bosse ! Je suis sûr qu’avec un peu plus de vitesse, on peut décoller, même avec Huguette. Fin de la série facile, voilà la successions d’épingles. J’ai du mal à les négocier, la moto est brutale quand on relance sur le premier rapport. Elle ne demande qu’à cabrer, je force sur l’avant pour éviter ça et je manque de le perdre deux ou trois fois sur les entrées suivantes. La moto bouge et saute sur les courts bouts droits, le bitume étant défoncé. Une dernière épingle à droite puis un panneau « arrivée 50 m ». Je visse la poignée et je passe la cellule. Entre elle et le panneau stop, je hurle si fort que les commissaires doivent m’entendre. J’ai eu peur pendant toute la montée mais j’ai pris le shoot d’adrénaline de ma vie. Et il va falloir le refaire trois fois ! Je tends mon carton de pointage comme un robot et j’entame la descente au ralenti. Je ne sais pas si c’est la pression du départ qui retombe, la fatigue de la semaine, la trop-plein d’hier qui ressort ou la chaleur mais je transpire des yeux au point de devoir m’arrêter.

J’ai découvert Huguette la semaine dernière, j’ai bouffé des bornes comme je ne l’aurais jamais cru possible dans de telles conditions et 3 000 km après le départ du Moto Tour, je suis en haut du Faron. Je sais que je suis au fond du classement général, mais ma victoire, elle est là, dans ce petit instant d’égoïsme où le chrono, quel qu’il soit, est le meilleur pour moi parce que c’est le mien. Alors il faut que ça sorte. Je vais passer 10 de mes trente minutes d’assistance ici, à profiter de la vue. Et à ne pas vous faire de photo car ce moment est à moi. Mais il reste trois passages.

Des épingles, un ravin, des pneus froids, un chrono. Tout va bien se passer.

Le second sera le plus magique de la journée. Parce que j’ai repéré les virages où je peux moins couper, parce que je me sens bien sur la moto et que, sans prendre de risques inconsidérés, je veux prendre du plaisir ici. Au décompte, là encore, la bulle qui se ferme. Les spéciales des jours précédents étaient amusantes. Ici, tu sens qu’il ne faut pas fanfaronner. Et à une sortie de virage, le parapet va me le rappeler puisque je ne range pas mon pied assez vite et le muret vient heurter ma botte. Ça secoue mais ça passe. La partie rapide me semble plus impressionnante que tout à l’heure, la paroi plus proche. Là, j’ai vraiment peur pendant que mon cerveau me dit « purée, ouvre, profite, ça fait une semaine que tu en rêves ». Avant le saut, je comprime un peu et la seconde d’après, je sens Huguette jouer la fille de l’air. Oh, pas grand-chose hein, 1 cm ou 2 sans doute. Mais le saut est fait. Au final, j’ai roulé 4 secondes plus vite que sur le premier passage. C’est futile mais ça fait plaisir.

Pour le passage suivant, le commissaire au CH rappelle à chaque pilote qui pointe qu’il ne faut pas s’enflammer, qu’il reste deux passages et que ce serait dommage de se crasher maintenant. La remarque fait mouche, d’autant que j’ai appris que Maxence était tombé, sans dommage autre que le chrono, dans une épingle. Il a pu repartir, la Cagiva 125 SuperCity n’ayant pas souffert. Avant cette spéciale, Stéphane m’a expliqué comment mieux négocier les épingles avec un Supermot sans mettre en glisse (ce serait suicidaire au Faron). Je vais donc essayer de faire toute la montée sans toucher au frein arrière, pour jouer avec le débattement de la fourche et faciliter les changements d’angle. Je m’applique mais j’ai l’impression de faire n’importe quoi et de rouler comme un cheval à bascule sous whisky/prozac dans les épingles de la fin. Et pourtant, le chrono est implacable : j’ai encore gagné 4 secondes.

La finale au Mont Faron pour le Moto-Tour 2017 - Photo Cécile Ganna

La finale au Mont Faron pour le Moto-Tour 2017 – Photo Cécile Ganna

Durant la dernière assistance, j’apprends que Morgan a cassé avec son Aprilia RS125. Serrage moteur entre 2 épingles. C’est moche, très moche car il ne peut pas repartir et laisse filer la victoire finale dans la catégorie alors qu’il avait un boulevard d’avance. Mais au moins, il n’est pas tombé à pleine charge. Avant de repartir, Mathias me dit que si je finis la journée, je termine 3e pilote 125 sur la semaine. Message reçu, on va éviter de chercher la limite. La troisième montée était top, on va refaire la même. Cette ultime spéciale servira donc à profiter de toutes les sensations. La paroi qui défile sur la gauche après avoir pris ce virage rapide à droite, le passage à pleine vitesse entre les arbres sur cette route légèrement vallonnée, le saut pris, cette fois, aussi vite que possible, soit un peu plus de 101 km/h, l’estomac à la fois dans les talons et au bord des lèvres. Ces impressions que je ne revivrai pas avant un moment et dont je veux me gaver. Les spectateurs qui applaudissent, font la hola quand tu arrives, les commissaires qui te saluent et à qui tu ne peux pas répondre car tu te cramponnes à ton guidon.
L’arrivée se profile, plus que 50 mètres, avec le poignet droit tordu à la limite de la fracture ouverte.

C’est fait, le carton est tamponné… Sandrine est là sur la YBR 125, Mylène arrive sur la MSX. Ces femmes sont des guerrières, elles ont tenu 3 000 bornes sur des tréteaux que j’aurais cramés au bout de 200 et ont droit à mon respect éternel.

Dix-huit kilomètres plus loin, c’est l’arrivée. La vraie, la finale. Celle qui boucle cette semaine de débiles. Landry et Émeric sont là, un immense sourire sur la face. Je pointe, les commissaires me disent qu’ils n’avaient jamais pensé que je finirais la semaine, surtout après le vendredi. Je vire le casque, Landry m’offre une bière*. Je ne sais plus quel goût avait ma première gorgée de bière mais celle-ci a celui de la revanche et la délivrance. Le Moto-Tour, c’est enfin fini. Le Moto-Tour, c’est déjà fini.

Et vous savez quoi ? Je finis classé 100e au général, j’ai des gros cubes derrière moi, d’autres devant moi. Mais je me contrefiche du classement. Malgré les tuiles, J’AI FINI LE MOTO-TOUR 2017 !

Dans la semaine, le temps de tout digérer et de réaliser, je ferai un bilan de tout ceci. Mais il va falloir quelques jours pour redescendre.

* Ne buvez pas trop, c’est mal, tout ça, tout ça.

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  • CritoF

    Bravo !!!