Moto Tour : Premier jour, en mode boulet

Premier gros rallye, première vraie journée et, forcément, premières boulettes. Mais tant qu’à faire, des boulettes de gros calibre. Réveil avant 6 heures, histoire de s’assurer que tout le monde dans l’équipe est bien d’attaque. Le stress aidant, j’ai du mal à manger plus que de raison, me disant que j’aurais bien le temps d’avaler quelques barres de céréales avant les spéciales. L’erreur est colossale et je ne tarderai pas à m’en rendre compte.

Logo du Moto Tour 2017Mais pas le temps de traîner, c’est bientôt l’heure de partir. Je jette deux barres de céréales dans les poches de ma combinaison de pluie. Je suis un peu limite pour aller pointer à l’heure au départ et pour ne pas risquer d’arriver à la bourre, je pars sans ladite surveste. C’est la deuxième décision à la noix en moins d’une heure. Un champion du monde…
Je traverse le parking et arrive au départ. Un rapide regard à l’horloge me confirme que je réussis l’exploit d’être à la bourre du départ au premier jour. Du coup, j’allais presque oublier de prendre mon carton de pointage. Il bruine, on doit traverser Limoges de nuit sur un bitume mouillé et je conduis sur des œufs, histoire de ne pas m’en coller une d’entrée de jeu. Ce serait ballot de figurer dans les tablettes de l’épreuve sur le podium de la plus courte participation.

Le premier parcours routier se passe relativement bien. Mais je regrette déjà de ne pas avoir mis ma surveste de pluie. La bruine est très légère mais l’humidité s’installe rapidement dans la combinaison, imbibant la sous-combinaison et renforçant furieusement la sensation de froid. Une fois passé à la fin du routier, Landry, notre ange gardien de l’assistance durant cette semaine, fait le plein de la Husqvarna et me dit de boire et manger. Ne sentant pas la faim, je prends juste de l’eau. Troisième c*nnerie ! En rallye, t’as pas faim ? mange quand même, triple buse !
Arrivé à la première spéciale, le mot d’ordre est simple : rouler à vue car je n’ai pas reconnu les spéciales, même en vidéo. De toute manière, le sol est trempé, il y a du gravier et la spéciale est en montée. Autant vous dire qu’avec 15 poneys, les vitesses atteintes sont… risibles.

Le second parcours routier se passe sans encombre et la spéciale (sur le même tracé) qui suit sera aussi lamentable que la première. Le cocktail flotte-gravier-pétoche ne m’incite guère à prendre des risques inutiles.

Le parcours routier suivant (également appelé CH, pour Contrôle Horaire) se transforme doucement en mauvais rêve. J’ai mal aux fesses sur cette selle insupportable, j’ai froid, je suis trempé, la moto ratatouille, j’en ai ras-le-bol et… Ben en fait, je ne me sens pas bien ; mais alors, pas du tout. Et plus le kilométrage avance, plus tout ça prend des airs de cauchemar, plus je me demande ce que je fais là. Et l’envie de vomir qui commence à se faire sentir n’est pas le signe d’un stress ou d’une autre angoisse mais simplement un banal signe d’hypoglycémie. Je suis bien content de savoir que mes barres de céréales sont au chaud dans ma veste de pluie restée à Limoges, imbécile que je suis. Du coup, incapable de rouler correctement, je réduis fortement le rythme. Trop d’ailleurs, j’ai peur de pointer en retard au CH suivant et de prendre des pénalités. Non pas que je vise le podium mais prendre des secondes dans la vue parce que j’ai merdé à ce point me met hors de moi. Je m’arrête donc pour voir si un peu d’air frais sans le casque suffit à me remettre d’aplomb. Je me pose deux minutes chrono ; ça ne s’arrange guère et je me dis que je vais repartir comme ça. Au moment de mettre le casque, la solution arrive toute seule : je vomis mon absence de petit déjeuner consistant. Encore deux minutes sans le casque, sous la pluie et je me sens un peu mieux. Pas beaucoup mais suffisamment pour repartir, au ralenti, les bras en mousse et les jambes en coton. Purée, la première vraie « belle » crise d’hypo de ma vie et il faut que ce soit aujourd’hui, quelle andouille.

Dix bornes plus loin, ça commence à revenir et je remets les gaz pour rallier le CH en espérant arriver avec peu de retard. Et là, quand j’arrive au CH, contre toute attente, je suis dans les temps. J’ai même encore 2 minutes pour sortir mon carton de pointage de ma combinaison. Il est forcément trempé et ressemble une serpillière mais il faudra que ça tienne jusqu’à ce soir. Les collègues du team et Landry viennent prendre de mes news et ma couleur semble être à elle seule une réponse valable : je suis livide, littéralement à sec. Mathias, notre cuistot me gratifie d’un « je t’avais bien dit de manger plus que ça » que je n’ai pas volé et m’apporte de quoi me gaver en sucres en moins de 5 minutes. Fruits secs, compotes, biscuits, tout y est.

Ravitaillement pour tout le monde. #MotoTour

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Ma chance est qu’on a pas mal d’attente avant cette spéciale qui se déroule sur le circuit de kart. J’ai donc largement le temps de me restaurer et de reprendre une teinte normale. Complètement requinqué au moment de parcourir un tour (on le fera deux fois), je recommence à prendre du plaisir, même si les courts bouts droits et la puissance hallucinante de la 125 ne me feront pas dépasser les 73 km/h sur ce tracé. Mais en ne visant pas le chrono, j’ai surtout réussi à ne pas me mettre par terre, alors que cette spéciale aura été punitive pour pas mal de monde. Les 40 derniers kilomètres pour revenir à Limoges et achever cette journée ne seront pas une partie de plaisir tout de même, la pluie ayant décidé de revenir.

De l’avis général en discutant avec les autres participants, peu de gens se seront vraiment amusés ce dimanche, tout le monde a subi la journée. Ma triple boulette du matin m’aura clairement servi de leçon : demain matin, je vais me gaver avant le départ. Et le point positif, confirmé par les autres pilotes de 125 du team Motor Spirit, c’est que les ContiAttack SM tiennent sacrément bien sur le mouillé. Ils glissouillent, évidemment, mais c’est progressif et la reprise du grip se fait sans coup de raquette. Certes; nos machines ne font que 15 chevaux et à peine 110 kg mais avoir confiance dans ses pneus quand les conditions sont aussi pourries, c’est un sacré poids en moins. Un grand merci à Continental et Allopneus pour avoir accepté de participer à l’aventure et de nous avoir permis d’équiper toutes nos motos.

Demain, le départ est prévu bien plus tard, on aura tous mieux dormi et, pour ma part, j’espère ne pas continuer à être le boulet de l’équipe.

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